De nouvelles mesures annoncées : un os à ronger ?

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De nouvelles mesures annoncées : un os à ronger ? Mobilisons-nous !
Le mardi 28 janvier 2020

De nouvelles mesures annoncées : un os à ronger ?

De nouvelles mesures en faveur du bien-être animal ont été annoncées le mardi 28 janvier 2020 lors d’une conférence de presse, par le Ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume.
La Société Protectrice des Animaux (SPA) en a été informée par les médias et non pas au préalable par le ministère lui-même, et ce malgré la corrélation plus qu’évidente entre ses activités et le champ d’actions des mesures proposées.

 « L'amélioration du bien-être animal et la lutte contre la maltraitance animale [sont] des priorités du Gouvernement ».

Depuis la nomination de Didier Guillaume, les mesures attendues dans les promesses électorales d’Emmanuel Macron en matière de bien-être animal n’ont cessé d’être repoussées.

Focus sur les mesures qui avancent dans le sens des combats de la SPA

  • RESPONSABILISER LES PROPRIÉTAIRES D'ANIMAUX DE COMPAGNIE
  • Prévenir les achats impulsifs : dans les véhicules, interdiction de vente en 1er semestre 2020 ; dans les foires/expositions (présence d’un vétérinaire et règlement sanitaire obligatoire) en 1er semestre 2020
  • Lutter contre les abandons d’animaux de compagnie ; le non respect de l’identification obligatoire des chats deviendra passible d’une contravention de 4e classe en 1er semestre 2020
  • Une mission de 6 mois est confiée à un député pour proposer d'autres mesures de lutte contre l'abandon d'animaux de compagnie et pour assurer leur bientraitance.

Depuis plus de cinquante ans, la SPA a pour fer de lance la sensibilisation et la prévention quant aux achats impulsifs d’animaux. Qu’il s’agisse d’achats en animalerie, en salon ou foire, ou encore désormais sur internet par le biais de petites annonces, la décision d’accueillir un animal chez soi doit être mûrement pesée et réfléchie.

Il ne doit jamais s’agir d’un coup de tête basé sur l’adorable bouille des chiots et des chatons, d’a priori sur les tenants et les aboutissants de la détention d’un animal, ou encore d’une méconnaissance de ses besoins physiologiques et psychologiques.

Ces achats totalement incontrôlables, particulièrement durant les périodes de fêtes de fin d’année – qu’il s’agisse de chiens, chats, mais aussi de NAC (qui, dans la conscience populaire, sont des animaux plus « faciles » à gérer que les deux espèces précitées, et dont la vie « importe » moins) – se soldent bien souvent par des abandons.

Des abandons en refuges ou en associations, pour les plus chanceux d’entre eux. Car évidemment, nombreux sont les abandons en forêt, sur des bords de route, dans des poubelles, des cartons… Quid de cette phrase que l’on continue d’entendre : « finir à la SPA »… « Finir à la SPA », c’est éviter une mort accidentelle, liée à une maladie ou à des conditions de vie rudes en extérieur, et s’offrir une nouvelle chance d’être adopté au sein d’une famille aimante.

La présence d’un vétérinaire est d’ores-et-déjà requise dans l’Article D214-19 lors de la tenue de manifestations destinées à la présentation à la vente d'animaux. Quelle amélioration, donc ?

Le prérequis n’a pas été étendu aux animaleries… Dommage, car c’est là aussi que l’on voit un florilège de mauvais traitements : hamsters ayant besoin d’être seuls en cage car très territoriaux flanqués à 8 ou 9 dans un petit cube en verre, courants d’air, chiots et chatons dans des vitrines à peine plus grandes que les cages à lapin (elles-mêmes déjà bien trop petites), poissons morts flottant à la surface des aquariums… Les besoins physiologiques des animaux sont ici totalement ignorés au bénéfice du consommateur qui, essentiellement, se rend dans un zoo gratuit. Le personnel sur place n’est pas non plus formé aux besoins des animaux et perpétue l’ignorance autour de certaines espèces, conduisant à des mauvais traitements sans le savoir.

Il existe un mépris totalement subconscient, nourri strictement par l’ignorance et le manque de sensibilisation dès l’école à la protection animale. « Ce n’est qu’une souris », « Ce n’est qu’un hamster » ; « Un chat peut se débrouiller tout seul dehors, sans aide humaine ».

Autant d’idées préconçues sur la préciosité d’une vie et la capacité d’un animal transformé par des siècles voire des millénaires d’apprivoisement qui font énormément de mal à la communauté animale dans son ensemble. L’humain, pour le profit financier et s’abstenir de toute culpabilité, se départit de ses responsabilités de domesticateur, d’éleveur, de vendeur et d’acheteur. C’est aujourd’hui contre ces démarches-là que le monde de la protection animale tient à lutter.

On salue la sanction enfin proposée pour la non-identification des chats, annoncée comme une amende forfaitaire de 4ème classe, donc s’élevant à 135€, contrairement au montant maximal de 750€ pour les chiens indiqué sur le site du gouvernement.

Nous comptons également beaucoup sur la mission de 6 mois confiée à Monsieur Loïc Dombreval, député, pour proposer d'autres mesures de lutte contre l'abandon d'animaux de compagnie et pour assurer leur bientraitance.

  • ALLER VERS LA FIN DES PRATIQUES DOULOUREUSES EN ÉLEVAGE

    • Le Centre national de référence bien-être animal est saisi pour objectiver les pratiques douloureuses et identifier les alternatives au 1er semestre 2020
    • Interdire la castration à vif des porcelets en fin 2021
    • Interdire le broyage des poussins en fin 2021

La SPA étant fortement mobilisée contre l’élevage intensif et les pratiques abusives et barbares de certains élevages ou abattoirs, ces mesures semblent être le minimum. Rien n’est mentionné sur la coupe des queues des porcelets, elle aussi faite à vif.

Il est surprenant que les questions de « pratiques douloureuses » n’émergent que maintenant alors que sont assertées et démontrées la souffrance animale dans les lieux d’exploitation intensive depuis des années par les associations de protection animale. Animal doué de sensibilité comme l’indique le code civil français.

Au niveau du délai, on ne peut que déplorer les deux prochaines années durant lesquelles continueront d’être broyés des poussins et castrés des porcelets. Tout ceci afin d’accommoder les portefeuilles déjà bien épais des patrons d’industrie, puisque le prétexte est de laisser le temps aux industries – qui se sont pourtant déjà penchées sur le sujet, nous l’espérons à la fois pour les animaux mais aussi en regard de leurs contingences commerciales – de revoir leurs systèmes de production si ces derniers engendrent de la souffrance animale.

S’il ne faut pas transiger sur le bien-être des éleveurs, il n’en est pas moins le cas des animaux.

  • AMÉLIORER LA QUALITÉ DE VIE DES ANIMAUX D'ÉLEVAGE
    Conditionner les financements de la PAC pour les investissements dans les bâtiments d'élevage au respect des normes en matière de bien-être animal
    Les financements de l'État sont fléchés prioritairement vers des bâtiments favorisant l'expression naturelle des comportements des animaux d'élevage, dès 2020

  • RENFORCER LA SENSIBILISATION ET LA FORMATION AU BIEN-ÊTRE ANIMAL
    Diffuser les concepts scientifiques avec un Mooc VetAgroSup/Oniris/Inra/AgroParisTech
    Consolider la formation en matière de sensibilisation au bien-être animal dans l’enseignement agricole en septembre 2020 ;
    Désigner dans chaque élevage de volailles et de porcs un référent en charge du bien-être animal avec formation spécifique obligatoire au 1er janvier 2022.

  • AMÉLIORER LES CONDITIONS DE TRANSPORT DES ANIMAUX
    Augmenter les contrôles au chargement par les services officiels et en habilitant des vétérinaires privés au 1er semestre 2020 ;
    Renforcer les sanctions en cas de non-respect de la réglementation européenne au 1er semestre 2020 ;
    Imposer pour le transport maritime un registre et des conditions d’enregistrement des températures en fin 2020.

  • AMÉLIORER L'INFORMATION DES CONSOMMATEURS
    Garantir une information claire et compréhensible pour le consommateur sur les modes d’élevage et le bien-être animal. Lancement d’une expérimentation en 2020 et porter ce projet au niveau européen.

Il est inquiétant d’avoir dû attendre 2020 pour voir se profiler une mise aux normes des exploitations afin d’avancer dans le sens de la protection animale, du respect et du droit à la dignité des êtres vivants. Que cela soit pour ces animaux qui souffrent tout au long de leur vie, ou encore en regard du steak nerveux arrivant en assiette ne satisfaisant ni le consommateur, ni l’éleveur, ni l’abatteur, mais seulement les grandes industries agroalimentaires. De même pour l’information auprès des consommateurs, indispensable aujourd’hui plus que jamais.

« Dans ce contexte, le désir d'informations se fait toujours plus fort. 86 % [des français] souhaitent obtenir plus d'informations dont 28 % toutes informations possibles. A ce jour, 65 % jugent les informations actuelles des marques comme "peu complètes", 62 % "peu claires", 58 % "peu compréhensibles et 57 % "peu fiables". Ce qui les intéressent le plus, dans l'ordre, le prix, la provenance et l'origine géographique et la composition des produits (liste d'ingrédients). » © - Libre Service Actualités

Somme toute, les mesures avancées par le Ministère de l’Agriculture arrivent… en retard ?

Nous attendons plus d’actions, notamment en regard de l’exploitation des animaux sauvages dans les manifestations culturelles (cirques, montreurs d’ours, etc.) ; de la chasse à courre ; de la corrida ; du port de la fourrure ; de l’expérimentation animale non-nécessaire ; des sanctions plus sévères, certes, mais aussi davantage appliquées en cas d’infraction ou de délit... !

Il reste fort à faire.

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