ZOOM SUR LE METIER D’INSPECTEUR DE LA SPA - INTERVIEW

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Le mercredi 11 mars 2015

ZOOM SUR LE METIER D’INSPECTEUR DE LA SPA - INTERVIEW

Guy, Inspecteur au sein du service de la Protection animale de la SPA, nous raconte son métier et son quotidien.

 

Décrivez-nous votre métier :

Je suis Inspecteur au sein du service de la Protection animale de la SPA depuis 22 ans. Mon métier consiste à réaliser des enquêtes à la suite de dénonciations de maltraitance. Je suis la plupart du temps en déplacement sur le terrain, j’effectue des contrôles chez les particuliers ou les professionnels soupçonnés de maltraitance. Je vérifie l’état des animaux et je donne des conseils à leurs propriétaires afin qu’ils modifient et améliorent leurs conditions de vie, lorsque cela est possible. Je peux dans le cas contraire, être contraint de déposer plainte pour des faits de maltraitance ou sévices graves sur les animaux, lorsque je les constate. J’assure enfin le suivi des enquêtes jusqu’à la rédaction d’un rapport d’intervention.

 

Quelle est la différence entre un Inspecteur et un Délégué enquêteur ?

L’Inspecteur est un salarié qui travaille uniquement sur la zone Ile de France et qui effectue des vérifications des conditions de vie de l’animal, après avoir reçu des signalements de mauvais traitements. Il intervient sur dénonciation ou demande extérieure qui peuvent émaner d’un particulier ou parfois de la police. La SPA compte 4 Inspecteurs salariés pour cette région.

Le Délégué enquêteur quant à lui, est un bénévole qui effectue également des contrôles dans le cadre de mauvais traitements, sur son temps libre. Il a aussi pour mission de faire des visites post adoption, d’animaux de la SPA confiés à de nouvelles familles.  Cela permet de s’assurer que l’animal évolue dans un environnement convenable en accord avec le mode de vie décrit par le nouveau maître lors de l’adoption, et qui sera favorable à son épanouissement.

Historiquement, la différence entre l’Inspecteur salarié et le Délégué enquêteur bénévole provient du fait que nous avions besoin d’enquêteurs à temps plein sur la région Ile de France, la plus peuplée du pays. Nous avons donc salarié des Inspecteurs.

 

Comment est née cette profession ?

A l’origine, les Inspecteurs étaient d’anciens gendarmes. L’objectif avec cette nouvelle profession était de lutter contre la maltraitance animale et de surveiller ainsi des cas avérés ou suspectés.

 

Quelle formation faut-il pour exercer ?

Pour exercer le métier d’Inspecteur, aucun diplôme n’est requis. En revanche, il est nécessaire d’avoir le Permis B car de nombreux déplacements sont à prévoir, de posséder le Certificat de capacité, d’avoir un Certificat de transport d’animaux vivants, ainsi qu’une expérience au sein d’une structure associative. J’ajouterai qu’au-delà de la formation, il est indispensable de savoir faire preuve de diplomatie.

 

Comment se passe une enquête et qu’est-ce qui la motive ?

Pour qu’une enquête soit lancée, nous devons avoir le maximum d’informations et de preuves afin de pouvoir agir. La plupart du temps, nous recevons d’abord un email sur une messagerie dédiée dans lequel une personne dénonce des faits de maltraitance. C’est alors, selon la région géographique, que nous allons répartir les interventions par Inspecteur (région IDF) ou Délégué enquêteur.

Le jour de l’intervention, l’Inspecteur ou le Délégué enquêteur est seul la plupart du temps, et  sa priorité consiste à mettre en œuvre  toutes ses qualités de diplomate. C’est à mon sens ce qui fait un bon enquêteur. Si nous disposons d’une carte de Délégué enquêteur ou d’Inspecteur, cela ne remplace en aucun cas une carte d’agent de l’Etat. Ainsi, quand nous nous présentons à la porte d’un individu, ce dernier est en droit de nous refuser l’entrée de sa maison voire même de nous parler. Il faut alors faire preuve de psychologie et de délicatesse dans l’approche de l’autre, surtout éviter de le braquer, de le brusquer, d’autant que l’on cherche à pénétrer son univers, sa vie privée. L’objectif est vraiment d’engager la conversation, de chercher à comprendre ce qui se passe, pourquoi y-a-t-il eu dénonciation, est-ce une situation avérée… et surtout voir l’animal.

Si la personne refuse obstinément de nous laisser entrer, nous revenons avec les forces de l’ordre. En général, l’appui d’un officier permet de convaincre l’individu de nous laisser le droit de voir l’animal et de vérifier ses conditions de détention.

Il arrive aussi souvent que la personne soit absente de son domicile. C’est un métier qui demande de la patience et beaucoup de déplacements et d’allers-retours. En cas d’absence, nous déposons un avis de passage.

Ensuite, nous pouvons faire face à trois types de situations lors du contrôle.

D’abord nous constatons que l’animal n’est pas bien en raison de la méconnaissance de ses besoins par son propriétaire.  Nous le conseillons et l’aidons à améliorer les conditions de vie de son animal et suivons l’évolution.

Deuxième cas de figure,  le propriétaire de l’animal maltraité, accepte de s’en séparer et nous pouvons alors obtenir de sa part un acte de cession. Nous avons ainsi la possibilité de retirer l’animal immédiatement.

Troisième possibilité, le propriétaire refuse de nous céder son animal afin que nous lui apportions les soins adéquats. La SPA dépose alors plainte au commissariat  afin de pouvoir sauver l’animal. Le délai dépend du Procureur, cela peut prendre entre plusieurs heures et plusieurs jours.

Enfin, notez que nous pouvons également nous retrouver face à des propriétaires qui détiennent leurs animaux dans de bonnes conditions. La SPA est alors sollicitée pour régler des conflits de voisinage, ce que nous nous refusons de faire.

 

Avez-vous déjà eu affaire à un cas difficile ? Comment gérez-vous la peur parfois ?

Oui, cela m’est arrivé. Un jour, lors d’une intervention, j’ai été accueilli très calmement par un individu soupçonné de maltraitance sur ses deux rottweilers. Une fois dans la maison, il a fermé la porte à clé de l’intérieur, a lâché ses 2 chiens sur moi et m’a demandé de m’asseoir. Il m’a alors expliqué qu’il était maître-chien et que ses animaux étaient dressés pour attaquer. Sa seule volonté était alors de savoir qui l’avait dénoncé. J’ai donc pris sur moi, je suis resté calme et engagé la conversation pour tenter de détendre l’atmosphère…

C’est un métier qui peut en effet être difficile parfois, d’autant que nous sommes souvent seuls lors des déplacements, mais c’est aussi un métier passionnant. Au final, il faut surtout savoir faire preuve de psychologie. Très souvent, les personnes sont en détresse ou dépressives. Ce ne sont pas toujours des personnes qui ont un mauvais fond, elles sont simplement dans une mauvaise passe et ne savent pas comment gérer la situation avec un animal. L’animal n’est d’ailleurs pas toujours maltraité (battu…), il peut simplement être dans de mauvaises conditions de détention (toujours attaché en laisse…). Il est bien nécessaire de différencier les mauvaises conditions de vie des cas de maltraitance avérée.

 

Que représente la part d’animaux victimes de maltraitance avérée par rapport à la part d’animaux vivant dans de mauvaises conditions ?

Les enquêtes pour maltraitance avérée représentent environ 40% alors que celles liées aux mauvaises conditions de vie représentent environ 60%. Comme je le disais plus haut, par mauvaises conditions de vie il faut aussi parfois entendre misère humaine. En effet, le propriétaire de l’animal peut être confronté à de grosses difficultés personnelles. Il est donc primordial pour un Inspecteur ou un Délégué enquêteur de ne pas juger, mais simplement de tout faire pour améliorer le sort des animaux dans ces cas délicats.

Notez également que sur les enquêtes révélant de mauvaises conditions de vie, 70% environ des propriétaires sont d’accord pour nous céder l’animal. Sur des enquêtes pour mauvais traitements avérés, entre 30 et 40% seulement sont prêts à signer l’acte de cession.

 

Enfin, quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui veut dénoncer un acte de maltraitance ?

Dans le cas d’une dénonciation, la première chose à faire est d’essayer de réunir le maximum d’informations, avant de solliciter le service Enquêtes de la SPA. Tous les renseignements peuvent être utiles pour la bonne mise en place de la procédure : un nom, une adresse précise, des photos/vidéos, le numéro d’une plaque d’immatriculation…

Notez par ailleurs que seules les forces de l’ordre et non la SPA ont le pouvoir de retirer l’animal, contre l’avis d’un propriétaire, et qu’en cas de maltraitance flagrante sur la voie publique, il est impératif de prévenir les forces de l’ordre qui se chargeront d’interpeller l’individu violent.

Vous pouvez d’ailleurs leur conseiller de prendre contact avec la SPA afin que nous puissions les seconder au mieux.

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