Deuil animal : un chagrin légitime

Dans cet épisode émouvant des Grandes Balades, nous abordons l’une des épreuves les plus douloureuses de la vie d’un amoureux des animaux : la perte d’un compagnon. Comment surmonter le deuil d’un animal que l’on considère comme un membre de la famille ? Quelles ressources existent pour soulager cette peine ? Lectures, conseils pratiques, soutien psychologique, accompagnement des enfants : nos invités Irène Combre, spécialiste du deuil animal, et Céline Touguay, responsable Expertise Animale à la SPA, partagent leurs conseils et leurs témoignages pour traverser cette période difficile et créer de précieux souvenirs.

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Publié le 3 juin 2025

Une perte qui bouleverse profondément

Perdre un animal, c’est perdre un lien unique. Comme le rappelle Irène Combre, spécialiste du deuil animal et fondatrice de La Maison du deuil animalier : « C’est le seul être qui vous aime sans condition, sans jugement. » Cette relation singulière fait que l’absence devient un vide immense. Pourtant, la réalité du deuil animal n’est pas encore bien reconnue dans notre société, et une majorité n’ose pas en parler à leurs proches. Nombreux sont ceux à entendre des phrases du type « Ce n’est qu’un chien. » ou « Tu peux en reprendre un autre. » lors de la perte de leur compagnon.

Le Baromètre Esthima, une étude menée tous les deux ans sur l’évolution des attitudes et des besoins dans le domaine du funéraire animalier, a révélé en 2024 que 59 % des participants souffraient de troubles physiques après la perte de leur animal, tels que douleurs musculaires ou articulaires, troubles digestifs, vertiges, palpitations ou affections cutanées. Par ailleurs, 51 % déclaraient également des répercussions psychologiques, comme du stress, de la fatigue ou des troubles du sommeil.

Euthanasie, crémation, enterrement : que faire quand l’animal part ?

L’euthanasie reste l’une des décisions les plus douloureuses à prendre. C’est dans de nombreux cas, un acte d’amour et de respect, visant à soulager la souffrance de son animal. Les vétérinaires peuvent aider à évaluer le moment opportun, dans l’intérêt de l’animal.

Concernant les pratiques funéraires, plusieurs options existent : crémation collective (sans retour des cendres), crémation individuelle (avec urne remise à la famille), crémation avec présence du maître, possible dans certains crématoriums animaliers. Enterrer son animal dans son jardin est aussi courant, mais soumis à des réglementations locales qui nécessitent de bien se renseigner en amont.

Comment soulager sa peine ?

Il est important de ne pas se précipiter pour « tourner la page ». Chacun vit cette perte à son rythme. Le travail de deuil à la suite de la perte de son animal peut s’appuyer sur plusieurs leviers :

  • Créer des souvenirs : album photo, bijou contenant des cendres, arbre planté en mémoire, objet transformé (gamelle, plaid…),
  • Participer à des groupes de parole, comme les Cafés Compagnons animés par Irène Combre,
  • Exprimer sa douleur sans honte, notamment grâce à l’écoute de proches ou de professionnels formés.

Les autres animaux de la maison peuvent aussi traverser une phase de deuil : perte d’appétit, isolement, agitation… Il est important de maintenir les routines et de leur accorder une attention particulière. Quant aux enfants, il est essentiel de leur parler avec des mots justes, et les inclure dans les rituels d’adieu peut les aider à comprendre et accepter la réalité.

Des ressources pour les adoptants endeuillés

Chaque année, la SPA fait adopter plus de 40 000 animaux. Inévitablement, certains adoptants finissent par perdre leur compagnon. Quand ils en informent la SPA, les équipes prennent le temps de leur répondre avec compassion, en envoyant un message de condoléances, et parfois même en rendant un hommage à l’animal sur les réseaux sociaux.

Certains animaux âgés ou malades ne peuvent être adoptés dans les conditions classiques et sont alors confiés à des familles d’accueil définitives. Ces familles accueillent l’animal jusqu’à la fin de sa vie, tandis que la SPA prend en charge les soins liés à la pathologie. Lorsqu’un animal FAD décède, une lettre de condoléances est envoyée à la famille. Ce geste symbolique montre que le lien avec l’animal ne s’interrompt pas au moment de sa mort, mais se poursuit dans la mémoire collective.

De plus, la SPA a mis à disposition la plateforme In Memoriam, permettant aux familles d’ouvrir une page hommage à leur animal disparu, avec la possibilité d’y joindre une cagnotte solidaire au profit des animaux de refuge. Cette initiative répond à un souhait grandissant : ne pas laisser le souvenir se dissiper, mais le transformer en acte de générosité.

Une attention particulière portée aux salariés de la SPA

Pour accompagner cette réalité douloureuse de la perte d’un animal, la SPA a instauré :

  • Un jour de congé pour tout salarié ayant perdu son propre animal de compagnie,
  • Un protocole RH pour accueillir avec bienveillance un collègue revenant d’un congé lié à un deuil (animalier ou non),
  • Des réunions d’équipe et des ajustements de poste temporaires (par exemple pour ne pas affecter un agent à la chatterie s’il vient de perdre son propre chat).

Travailler dans un refuge confronte quotidiennement les équipes aux décès d’animaux, qu’ils soient en fin de vie, malades, ou décédés faute d’avoir trouvé une famille à temps. « Il ne faut pas sous-estimer le sentiment d’échec que ressent un soignant animalier quand un animal meurt au refuge. Même s’il a été aimé, il n’a pas eu sa famille. Et c’est dur. », témoigne Céline, responsable à la SPA.

 

En conclusion : aimer, c’est aussi savoir dire au revoir

Comme le rappelle Irène Combre : « Ouvrir son cœur à l’amour, c’est déjà accepter qu’un jour il faudra dire au revoir. » Mais faire son deuil ne veut pas dire oublier. Cela signifie réinventer le lien, porter en soi la mémoire de ceux qu’on a aimés, et trouver la force de continuer… grâce à eux.

En participant à des actions de sensibilisation, comme ce podcast, ou en soutenant des initiatives concernant le deuil animal, la SPA milite aussi pour une meilleure reconnaissance institutionnelle de cette forme de deuil encore marginalisée. Car accepter la souffrance, c’est aussi mieux accompagner les humains qui aiment les animaux, sans jugement.

Lectures et ressources pour accompagner

Retrouvez Irène sur la Maison du Deuil Animalier : Home – Irène Combres | Maison du Deuil Animalier, Accompagnements et Formations

Quelques œuvres recommandées :

  • Vivre le deuil au jour le jour – Christophe Fauré
  • Son odeur après la pluie – Cédric Sapin-Dufour
  • Apprivoiser le deuil animalier – Lynn Pion
  • La vie sans Boris – Stéphanie Bérubé
  • Attends-moi sur l’arc-en-ciel – Laura Vidal
  • Jim – François Chuitaine (BD)