Mon chien est peureux, comment l’apaiser ?

Queue entre les pattes, posture au ras-du-sol, oreilles basses plaquées vers l’arrière, regard détourné et fuyant, tremblement, pupilles dilatées et parfois miction incontrôlée : ce sont les symptômes que votre chien a peur. Les raisons de ce stress soudain peuvent être variées. Voitures, vélos, feux d’artifice, plaques d’égout, escaliers… Les chiens vivent dans un monde modelé par les humains, qu’ils ne comprennent et ne maîtrisent pas. Ils peuvent craindre les enfants agités dont ils ne savent pas interpréter les gestes et les cris. Ils peuvent appréhender la rencontre avec leurs propres congénères suite à une mauvaise expérience.
L’instinct du chien peureux se traduit par trois comportements possibles face à la menace : la fuite, l’immobilité ou la confrontation. S’il fugue, il risque de se perdre. S’il se sent bloqué, il peut devenir agressif. La peur fait partie des principales causes de morsures.
Face à un chien anxieux, vous pouvez agir. Il n’est jamais trop tard ! Voici quelques conseils pour vous aider à mieux gérer les situations anxieuses et à donner confiance à votre animal pour une vie quotidienne plus légère et sereine.
Pourquoi votre chien a-t-il peur ?
Pour aider votre chien peureux, la première étape indispensable est de comprendre l’origine de sa phobie. Cela nécessite d’observer votre compagnon et de comprendre les signes qu’il envoie en fonction des situations auxquelles il est confronté. Analyser les raisons de la peur d’un chien n’est pas toujours simple, notamment quand on adopte un animal dont on ne connaît pas l’histoire.
La génétique joue-t-elle un rôle dans la peur ?
La peur est un état émotionnel naturel et normal. De tout temps, que ce soit chez les humains ou les animaux, cette émotion a permis la survie d’un individu dans son environnement. Sans peur, pas de fuite face au danger.
Ce qui devient inconfortable, c’est quand la peur envahit et crée un trouble du comportement dans des situations du quotidien. Plusieurs causes peuvent déclencher le stress chez un chien. Elle naît de ce qu’il ne connaît pas ou de ce qu’il associe à une expérience négative.
La race peut aussi influer sur le comportement. Certaines races sont plus sensibles. C’est le cas notamment des chiens de garde, façonnés pour apprendre la méfiance. La réactivité face à certains stimulis est un comportement acquis de génération en génération.
Le tempérament des parents peut aussi jouer. Une mère anxieuse peut transmettre ce caractère à ses chiots.
La peur liée au défaut de socialisation
Le défaut de socialisation est la cause de la majorité des peurs du chien.
La socialisation est une étape importante dans sa croissance affective. Pendant ses deux premiers mois de vie, le chiot apprend les bons comportements auprès de sa mère et de sa fratrie. L’humain qui veille sur eux a un grand rôle à jouer pour commencer à le socialiser, par la manipulation, les jeux, les premières rencontres. Beaucoup de choses se jouent les premiers mois de l’arrivée dans un nouveau foyer. C’est le moment où le chiot doit vivre un maximum d’expériences positives et stimulantes. C’est ainsi qu’il apprend à prendre confiance en lui et à gérer tous types de situations. Attention cependant à ne pas le surstimuler au risque de produire l’effet inverse.
Malheureusement, ces étapes de construction affective sont parfois ratées. Soit par malveillance, soit par indifférence, soit par manque de connaissances. Si votre chien n’a pas été suffisamment stimulé chiot, il peut développer des peurs face à des situations inconnues, qu’il n’a pas appris à gérer seul. C’est le syndrome de privation sensorielle.
La peur liée à un traumatisme ou à une mauvaise expérience
Une phobie peut aussi se développer suite à un traumatisme ou une mauvaise expérience. Parfois, le déclencheur est très clair. Un chien qui s’est fait renverser développe une peur des voitures. Un chien qui est tombé à l’eau étant chiot développe une crainte de l’eau. Un chien qui a été mordu par un congénère devient réactif dès qu’il croise d’autres chiens.
Parfois, c’est plus subtil. Le chien peut avoir associé un individu ou un objet à un moment désagréable. Cela peut être un bruit qui s’est produit au moment d’une douleur ressentie. Cela peut aussi être un individu dont la morphologie ressemble à celle de son ancien maître(sse) qui le battait.
Comment mettre à l’aise un chien peureux ?
Après avoir identifié les origines, vous allez pouvoir travailler sur la peur de votre chien. Quelles que soient les raisons de son anxiété, il existe des solutions. Même un syndrome de privation sensorielle ou un traumatisme peuvent être dépassés. La répétition, la patience et l’amour sont les ingrédients clés pour aider votre compagnon à retrouver la sérénité et la confiance en lui. Cela exigera plus ou moins de temps en fonction de son âge, du manque de socialisation et du traumatisme vécu.
La technique d’habituation aux situations stressantes
L’habituation est une technique comportementale basée sur le renforcement positif. Elle consiste à mettre progressivement le chien peureux dans la situation qui le stresse.
Cet apprentissage doit se faire étape par étape pour ne surtout pas transformer la peur en terreur. Vous devez être très attentif aux signaux d’inconfort et de peur envoyés par votre animal afin de ne pas le pousser au-delà de ses limites et provoquer la réaction inverse à celle recherchée. Votre compagnon doit rester calme et attentif et ne pas ressentir de peur. Les symptômes qui doivent vous alerter : la queue basse, les oreilles abaissées vers l’arrière, la posture près du sol, les bâillements, le léchage de truffe, le regard et la tête qui se détournent, le tremblement. Cet apprentissage n’est pas à prendre à la légère, et nous vous conseillons de vous faire aider par un professionnel (éducateur canin ou comportementaliste) formé à ce travail. De plus, pour commencer ce type d’apprentissage, il faudra d’abord que le lien de confiance entre vous et votre chien soit déjà créé et fort.
La désensibilisation à une situation, une personne ou un objet repose sur quatre fondamentaux :
- La progressivité : le travail s’effectue d’abord à distance de la source de la phobie. Chaque jour, vous pourrez vous rapprocher, en fonction de la réaction de votre chien. Si votre chien craint la ville, vous commencerez à travailler dans des rues calmes. S’il a peur de l’eau, une flaque peut suffire au début.
- Le renforcement positif par la récompense d’une certaine valeur : il s’agit de transformer une expérience négative en expérience positive. L’idée est que le chien craintif associe le stimulus qui le stresse à une nouvelle source de plaisir, en général une friandise ou un jouet. La récompense doit être donnée au bon moment. Si votre chien a peur de passer le long d’un jardin gardé par un molosse, vous pouvez lui donner des friandises pendant votre passage. Néanmoins, s’il grogne ou tire sur sa laisse, ce n’est pas le moment de donner la récompense. Cela pourrait renforcer son mauvais comportement. La friandise doit être offerte quand le chien craintif adopte un comportement calme, attentif à son maître(sse). Là encore, l’aide d’un professionnel vous permettra de ne pas faire d’erreur.
- Faire des séances courtes mais de qualité : un travail d’habituation de cinq minutes par jour dans d’excellentes conditions suffit. Le chien se fatigue vite. Il vaut mieux mettre fin à une séance après une expérience positive, même si cela n’aura duré que deux minutes. En revanche, la clé de la réussite repose sur la répétition quotidienne.
- Finir par une séance de jeu : votre chien a besoin de se défouler après une séance stressante. Il aura plaisir à partager avec vous une séance de jeu qui renforcera votre relation et sa confiance en vous.
En pratique, voici quelques exemples d’exercices d’habituation :
- Si votre chien a peur d’un objet, vous pouvez déposer une friandise près de cet objet. Au début, la distance entre l’objet et la friandise peut être grande. Vous la réduirez jour après jour.
- Si votre chien a peur d’un bruit, vous pouvez l’enregistrer et le lui faire écouter à faible volume, puis monter le son chaque jour. Vous pouvez doubler cette écoute d’un moment de jeu avec vous. Ainsi, il se détournera du bruit et l’associera à un moment joyeux.
- Si votre chien a peur des voitures, vous devrez commencer le travail avec une voiture à l’arrêt. Puis progressivement, vous travaillerez près d’une voiture avec le moteur en marche, puis qui roule doucement. Ensuite vous pourrez commencer à travailler dans une rue calme. Et ainsi de suite, jusqu’à pouvoir marcher sereinement avec votre chien en ville.
À noter : si vous avez identifié plusieurs causes aux peurs de votre chien, vous ne pourrez travailler que sur un seul stimulus à la fois.
L’éducation pour donner confiance et autonomie
L’éducation apporte à votre chien de la sérénité. Elle l’aide à ne plus se poser de questions quand il prend des décisions. Il sait le comportement attendu et gagne en confiance et en autonomie. C’est aussi rassurant pour certains chiens de savoir que leur maître(sse) contrôle la situation.
La marche au pied est un exercice rassurant et structurant. Elle vous aide également à anticiper toutes situations qui pourraient générer de la peur chez votre chien anxieux. Face à l’arrivée de ce que votre animal interprète comme une menace (chien, vélo, enfant, trottinette…), vous pouvez le mettre au pied. Concentrez son attention sur vous par un renforcement positif comme une friandise ou un jouet. Attentif à vous, il ne le sera pas sur son environnement et associera la potentielle menace à un stimulus positif. Dans ce type de situation, ne vous arrêtez pas. Vous encouragerez l’immobilité, réaction à la peur. Au contraire, poursuivez sereinement votre route. N’hésitez pas à accélérer le pas pour réduire la durée d’inconfort de votre chien et… récompensez-le. Et n’oubliez pas, un professionnel pourra vous guider sereinement dans ce travail et vous permettra de progresser plus vite.
Vous pouvez aussi lui apprendre des ordres et des tours. À chaque réussite, félicitez-le. Toutes les activités que vous ferez avec lui renforceront sa confiance en lui et en vous, indispensable pour gérer les situations inconnues ou de stress.
La mise en sécurité du chien craintif
Face à certaines situations angoissantes, il est parfois inutile d’engager un travail d’habituation. La meilleure solution est alors d’offrir à votre chien les conditions pour se sentir en sécurité.
Votre chien a peur des feux d’artifice ? Ne le sortez pas les soirs de fête. Malheureusement, nombre de chiens font une fugue par peur les soirs du 14 juillet et du 31 décembre. Laissez-le chez vous, à l’abri dans sa maison et son panier.
Votre chien a peur de la foule ? Une nouvelle fois, mieux vaut le laisser chez vous, ou à défaut, dans votre voiture, si les conditions météorologiques le permettent.
Pour apporter plus de sérénité à votre chien, laissez-lui un jouet, un doudou et/ou une couverture. La mastication a également un effet calmant. Il est prouvé que le fait de mâcher libère des endorphines.
Les traitements naturels
Il existe aujourd’hui de nombreuses solutions naturelles pour apaiser la nervosité de votre chien. Celui-ci est très sensible aux odeurs. Jouez avec cet atout naturel en diffusant des odeurs calmantes.
L’huile essentielle de lavande est connue pour ses vertus apaisantes. Déposez-en deux gouttes sur un coin de la couverture de votre chien. Attention si vous avez des chats, car l’ingestion d’huiles essentielles est toxique pour eux.
La diffusion de phéromones est aussi une technique qui peut s’avérer efficace pour réduire l’anxiété d’un chien peureux. Les phéromones sont des molécules chimiques émises par les hommes et les animaux qui induisent un comportement spécifique chez un autre individu de la même espèce. Pour apaiser votre chien, il existe des produits à base d’apaisine, la phéromone émise naturellement par la chienne pour calmer ses chiots. Il existe également des diffuseurs d’huiles essentielles pour apaiser le chien, que vous pourrez trouver chez votre vétérinaire ou dans certaines boutiques spécialisées.
Si vous êtes un adepte des méthodes naturelles, fleurs de Bach, massages et acupuncture peuvent aussi offrir des solutions pour calmer votre compagnon. Attention néanmoins à suivre les conseils de professionnels agréés et à bien respecter les bons gestes et dosages.
Faut-il rassurer un chien peureux ?
Face à votre chien craintif, votre attitude joue.
Un chien ressent également les émotions de son maître(sse). La meilleure attitude à adopter ? Rester calme et indifférent, aussi bien dans vos paroles que dans vos gestes. Si vous ressentez de la crainte dès qu’un chien s’approche au loin, votre compagnon le ressentira et interprétera votre anxiété comme une raison d’avoir peur. Tous les signes verbaux et non verbaux sont observés par votre animal. La difficulté pour vous est d’adopter les bons réflexes. Si vous tenez votre chien en laisse, vous devez veiller à conserver vos bras et la laisse détendus. Si vous avez un chien de petite taille, ne le prenez pas dans vos bras. Vous réduisez son autonomie et sa confiance en lui.
Si votre chien gère bien la situation stressante, en revanche, n’hésitez pas à lui montrer votre enthousiasme !
Que faire si l’anxiété envahit votre chien ou devient chronique ?
Parfois, votre chien peut se laisser envahir par sa peur. Son anxiété peut aussi devenir chronique.
Cela peut se traduire par un trouble du comportement : léchage intensif, grignotage intense, destruction, agressivité, etc. Vous pouvez aussi observer des conséquences physiques, comme des problèmes gastro-intestinaux.
En cas de trouble anxieux, il est nécessaire de faire appel à des professionnels. Un vétérinaire ou un comportementaliste canin peuvent vous aider à décrypter les peurs de votre chien et à progresser vers plus de sérénité. Dans certains cas, un traitement médical peut être indispensable, sous contrôle de votre vétérinaire.



