La leishmaniose chez le chien : comprendre et prévenir

La leishmaniose du chien est une infection parasitaire très répandue dans le Sud de la France. Elle se transmet par la piqûre d’un insecte nommé phlébotome et peut passer longtemps inaperçue. Quels sont les signes de leishmaniose chez le chien, quels traitements et comment la prévenir ?
Qu’est-ce que la leishmaniose canine ?
Définition et origine
La leishmaniose est une parasitose, une pathologie infectieuse provoquée par des parasites microscopiques nommés leishmanies. Cette maladie grave se transmet essentiellement par la piqûre du phlébotome, un insecte ailé d’une taille de 2 à 4 mm qui ressemble à une sorte de moucheron ou de petit moustique.
La leishmaniose ne touche pas seulement le chien, mais aussi d’autres mammifères (rongeurs, marsupiaux…) Il s’agit également d’une zoonose : même si les cas restent assez rares, elle est transmissible des animaux aux humains, et inversement. La transmission à l’homme ne se fait pas par contact direct. Il faut que le phlébotome ait piqué un animal positif à la Leishmaniose avant de piquer un humain. Ce qui dans les faits est rare.
Cette pathologie chronique peut provoquer différentes affections cutanées, muco-cutanées et viscérales potentiellement mortelles en l’absence de prise en charge.
Cycle de vie du parasite
Les leishmanies sont des parasites unicellulaires de la famille des protozoaires. Il en existe plusieurs espèces, mais le responsable de la leishmaniose canine en France se nomme Leishmania Infantum.
Leishmania infantum se transmet lors des « repas » du phlébotome femelle. Cet insecte piqueur-suceur est identifié comme le principal vecteur de transmission de la maladie. Tout comme chez les moustiques, seules les femelles sont hématophages : elles se nourrissent de nectar comme les mâles, mais aussi très régulièrement de sang d’animal ou d’humain.
À chaque piqûre, le phlébotome femelle peut absorber des leishmanies sur un individu déjà infecté, mais aussi en inoculer à un individu sain.
Dans l’intestin du phlébotome, les leishmanies évoluent d’une forme amastigote (cellule simple) à une forme promastigote (cellule équipée d’un flagelle lui permettant de se déplacer). 15 jours plus tard, les parasites migrent vers les mandibules de l’insecte, qui devient infestant pour le restant de sa vie (35 à 60 jours). Dès lors, chacun de ses repas lui donne l’occasion de contaminer l’être vivant dont elle se nourrit. Une fois injectées dans le derme de l’humain ou de l’animal piqué, les leishmanies promastigotes sont phagocytées par des cellules macrophages. Elles évoluent à nouveau vers une forme amastigote, se multiplient et se propagent dans le sang et les tissus de l’hôte infecté en provoquant différents symptômes.
Zones géographiques à risque
La Leishmaniose canine de type infantum est présente dans de nombreuses régions du sud de la France (Cévennes, Côte d’Azur, Corse, Provence, Pyrénées Orientales) et en Europe, sur l’ensemble du pourtour méditerranéen (Portugal, Espagne, Italie, Grèce, Turquie, Croatie). En 2011 en France, plus d’une vingtaine de départements français étaient considérés comme des « zones à risques », et l’on constate une extension progressive de cette zone endémique vers le nord (Grand-Ouest, Vallée du Rhône, Île-de-france). Ce phénomène s’explique en partie par le réchauffement climatique, qui favorise la reproduction et le développement du phlébotome dans des zones jusqu’ici épargnées.
Le risque de contamination est particulièrement élevé d’avril à octobre même si possible toute l’année. Durant cette période, son activité débute dès le crépuscule : il se nourrit principalement le soir, le moment de la journée le plus propice aux piqûres.
Symptômes de la leishmaniose chez le chien
Une maladie difficile à diagnostiquer
À partir de l’infection, il peut s’écouler de quelques mois à plusieurs années avant qu’apparaissent les premiers signes cliniques. Les symptômes de cette maladie polymorphe ne sont pas toujours évidents à détecter : ils surviennent parfois tardivement, varient énormément selon les individus et peuvent concerner divers organes. Faute de pouvoir l’identifier avec certitude grâce à des signes cliniques ou des anomalies biologiques spécifiques, la leishmaniose nécessite différents examens complémentaires (sérologie, PCR, microscopie…) afin de confirmer le diagnostic. Les Leishmanies peuvent se « cacher » dans l’organisme il convient parfois de retester un animal qui aura été testé négatif une première fois.
Par ailleurs, l’impact de la maladie sur l’animal dépend beaucoup de son état de santé général, de son âge et de sa réponse immunitaire. Il varie aussi selon les races de chiens. Si certaines races, comme le Podenco sont moins à risque les Boxers, par exemple, sont réputés pour avoir une réponse immunitaire inefficace en cas d’infection. Attention : les Podencos sont plus résistants mais pas complètement immuns à la Leishmaniose. Comme ils vivent en zone à haut risque de nombreux Podencos sont testés positifs.
Chez les individus les plus faibles, notamment en bas âge ou immunodéprimés, la leishmaniose peut prendre la forme d’un syndrome généralisé foudroyant. A contrario, elle peut passer totalement inaperçue chez certains chiens infectés. Ces « porteurs sains » ne présentent pas de signes de leishmaniose et peuvent demeurer totalement asymptomatiques toute leur vie.
Chez les sujets atteints et symptomatiques, la progression de la maladie affecte progressivement le système immunitaire et entraîne l’apparition de pathologies associées affectant les organes internes. Au-delà des manifestations dermatologiques bien visibles, la leishmaniose peut provoquer un dysfonctionnement des reins, du foie, du système nerveux et entraîner des troubles de l’appareil locomoteur. À un stade avancé, la leishmaniose provoque l’apparition d’une insuffisance rénale, une pathologie irréversible qui met en jeu le pronostic vital de l’animal. Ce pronostic peut être très favorable si la maladie est diagnostiquée tôt, mais une prise en charge thérapeutique à vie est indispensable.
Symptômes dermatologiques
- La leishmaniose est à l’origine d’atteintes cutanées et de changements notables concernant les téguments de l’animal (peau, ongles, pelage) :
- Alopécie (perte partielle du pelage), notamment autour des yeux
- Dermatite (peau sèche ou irritée, avec ou sans squames)
- Hyperkeratinisation de la truffe (truffe qui s’épaissit)
- Lésions cutanées ouvertes ayant du mal à cicatriser (ulcères, pustules, nodules…) notamment au niveau du nez, des yeux et/ou des oreilles
- Epistaxis (saignements de nez)
- Accélération de la pousse des griffes.
Symptômes systémiques
- Hyperthermie (fièvre)
- Amaigrissement avec ou sans perte d’appétit
- Amyotrophie (fonte musculaire) qui touche souvent les muscles masticateurs
- Abattement, léthargie
- Changement de l’aspect des ganglions : gonflement et/ou induration
- Anémie
- Troubles vasculaires et troubles de la coagulation
- Troubles digestifs
- Diarrhées parfois sanglantes.
Symptômes ophtalmologiques
- Conjonctivite (inflammation oculaire) : œil rouge et irrité, avec ou sans écoulement.
- Blépharite (inflammation de la paupière)
- Uvéite.
Symptômes articulaires
- Boiterie dûe à une arthrite.
Diagnostic de la leishmaniose
Il existe plusieurs examens qui permettent de détecter ou de confirmer la présence du parasite dans l’organisme du chien et de définir quelles sont les répercussions sur sa santé afin de mettre en place un traitement adapté.
Les leishmanies peuvent parfois “se cacher” dans l’organisme pendant un temps très long. Si c’est le cas les tests ne peuvent pas détecter la maladie. Ce qui donne lieu à des faux négatifs. Il convient dans certains cas de répéter les analyses plusieurs semaines après un résultat négatif. Demander l’avis de votre vétérinaire si la question se pose.
Tests sanguins
Les analyses de sang permettent d’étudier la sérologie de l’animal, c’est-à-dire de vérifier la présence de marqueurs de réponse immunitaire (anticorps) chez un chien ayant été en contact avec le parasite. Différentes méthodes sont utilisées : ELISA, IFAT, tests sérologiques rapides…
Le prélèvement sanguin en vue d’une PCR est généralement utilisé afin de détecter directement la présence de l’ADN parasitaire dans l’organisme d’un chien infecté. Cette méthode permet d’obtenir un diagnostic précoce, avant même que l’animal ait développé des anticorps (séroconversion).
Biopsies et analyses tissulaires
Des prélèvements cutanés, une ponction de ganglions ou de moelle osseuse sont parfois préconisés. Ils permettent de réaliser un examen microscopique des cellules infectées pour mettre en évidence la présence de leishmanies.
Traitement de la leishmaniose
La leishmaniose est une maladie incurable, mais il existe des traitements efficaces pour ralentir sa progression et stabiliser l’état du chien. Il s’agit le plus souvent de traitements « à vie », réfléchis au cas par cas. Relativement coûteux, ils impliquent une surveillance vétérinaire très régulière (évolution de la maladie, effets secondaires du traitement…) et n’évitent malheureusement pas d’éventuelles rechutes.
Options médicamenteuses
Le traitement médicamenteux nécessite l’administration d’injections et de comprimés. La stratégie de traitement mise en place par le vétérinaire est personnalisée, en fonction du stade d’avancement de la maladie et de l’état de l’animal. Les thérapies les plus fréquemment mises en place reposent sur l’utilisation seule ou combinée des spécialités pharmaceutiques suivantes :
- Allopurinol
- Glucantime
- Miltéfosime
Dans certains cas, le traitement peut également intégrer des antibiotiques.
Soins de soutien
Dans le cadre du programme de traitement, la mise en place d’un régime alimentaire adapté est généralement conseillée par le vétérinaire. Cette précaution permet de limiter les effets secondaires des traitements et d’améliorer la qualité de vie du chien. Un traitement par Allopurinol nécessite notamment d’opter pour une alimentation pauvre en purines. Dans le cas d’une insuffisance rénale, il est important de suivre quelques règles diététiques afin de limiter les aliments riches en phosphore et en protéines.
Dans le cas d’un amaigrissement, l’alimentation doit être le plus appétissante possible pour aider le chien à maintenir son poids de forme. Enfin, sachez qu’une alimentation riche en acides gras essentiels, avec un ratio oméga 3/oméga 6 équilibré a une action bénéfique sur les affections dermatologiques dont peut souffrir un animal atteint de leishmaniose.
Suivi et gestion à long terme
Une fois le programme thérapeutique établi, un bilan est nécessaire à l’issue du premier mois de traitement, puis tous les 3 à 4 mois. Les visites de suivi peuvent s’espacer lorsque le chien ne manifeste plus aucun signe clinique, mais sont nécessaires 1 à deux fois par an.
Prévention de la leishmaniose
Mesures de protection contre les phlébotomes
Les produits antiparasitaires « longue durée » ont démontré leur efficacité pour éloigner les phlébotomes et éviter les piqûres. Ils existent sous la forme de pipettes, à appliquer directement sur l’animal toutes les 3 semaines environ ou de collier, à renouveler tous les 5 à 6 mois. Les sprays sont également efficaces, mais leur durée d’action est beaucoup plus limitée.
Vaccination
Un vaccin contre la leishmaniose existe, il réduit le risque de contamination. Ce vaccin est bien toléré par la plupart des chiens et il est fortement recommandé dans les zones géographiques à risque.
Contrôle environnemental
Certaines précautions permettent de limiter les risques de contamination de votre animal. Il est par exemple conseillé d’éviter de promener ou de laisser sortir un chien aux horaires d’activité des phlébotomes pour éviter les piqûres. En extérieur, l’entretien et le débroussaillage régulier du jardin limitent la prolifération des phlébotomes qui nichent habituellement dans les zones peu exposées au soleil (sous les pierres, dans les tas de bois…) Enfin, l’installation de moustiquaires permet de protéger votre animal à l’intérieur de la maison.



